Quand j'ai rencontré Superman

Récemment, j’écoutais sur Spotify le super podcast d’Etienne Bulidon (Et surtout la santé) qui s’entretient avec Raphaël Poulain (ancien rugbyman professionnel du Stade Français et auteur du livre : “Quand j’étais Superman”). Une vraie "claque" positive et pleine d'espoir avec un Poulain qui a affiné son discours, est devenu papa, a fait acte de résilience et pardon depuis l’époque où je l’avais rencontré il y a trois ans et demi.

Cela a donc été l'occasion de me replonger dans l’article que j’avais rédigé à la suite de la conférence qu’il avait donné en septembre 2016 autour du thème “Valoriser les richesses humaines dans le sport”.




L’une des premières conférences de Raphaël Poulain qui était à la fois touchant, maladroit, franc, émotif et extrêmement fier à la fin de la conférence d’annoncer qu’il allait devenir papa pour la première fois (les yeux brillants de joie).

Il m’avait accordé une interview sincère, et sans faux-semblant autour de la valorisation des richesses humaines dans le sport où l’on parle de préparation physique et santé/bien-être, préparation mentale, co-responsabilité mais aussi d'Humanité au delà du sport.

A cette époque, j’avais passé un premier diplôme d’éducateur sportif sans trop savoir où j’allais. Je démarrais gentiment une reconversion qui, suite à cette interview, m’a apporté plus que ce que je ne pensais, notamment de diriger mon Chemin vers le Sport Santé en me disant qu’un jour j’aimerai accompagner ces sportifs à ne plus se “flinguer”, à s’épanouir tout en atteignant des objectifs, à être considérés comme des personnes à part entière et non plus comme des numéros de dossards ou des machines à gagner des titres ou des médailles.

Ce travail, j’ai la chance de le faire aujourd’hui depuis presque trois ans. Je n’accompagne pas des sportifs de haut niveau mais j’accompagne (à ma petite échelle) des personnes

( sédentaires, sportives, en rééducation, avec ou sans objectifs, avec ou sans pathologies...) à la recherche de leur corps, de leur bien-être intérieur, de leur sensation profonde, et surtout à devenir “acteur de leur santé” ! Je me suis totalement laissé porter sur ce Chemin sur lequel je suis totalement A MA PLACE. Prochaine étape, continuer vers la préparation physique en vue de réaliser ce projet qui a germé dans ma tête inconsciemment à la suite de cette conférence avec Superman.

Même si le sujet de la conférence portait sur "Valoriser les richesses humaines dans le sport", il s'agit surtout de "valoriser les richesses humaines" dans la VIE DE TOUS LES JOURS, c'est bel et bien ce que j'ai compris en écoutant le podcast d'Etienne, la conférence il y a trois ans et cet entretien écrit. Donner de l'importance à chaque Etre Humain et Chaque Personne me semble être essentiel.





Voici mon entretien avec Raphaël Poulain il y a trois et demi, que je trouve encore d'actualité et qui vient bien compléter son entretien audio avec Etienne :


Laurianne : En France j’ai l’impression qu’il y a deux écoles : le sport “bien-être” et le sport “performance”, difficile d’allier les deux de façons saine et constructive contrairement aux pays anglophones (Canada, USA, Australie…) qui ont su faire entrer le sport comme une vraie culture associant facilement le mieux-être au dépassement de soi ainsi qu’à la richesse humaine et culturelle. Selon toi, les mentalités peuvent-elles évoluer en France ?

Raphaël : Je pense que le problème est culturel. Dans les pays anglo-saxons la psychologie et le "mental" dans le sport font parties intégrantes de la culture sportive. En France nous avons une éducation judéo-chrétienne ou tout est mis à la extérieur. Dès qu’on parle de psychologie et d'approche mentale on se retrouve face à des gens (entraîneurs, managers) qui ont peur de ces mots car ils ont l'impression qu'on leur enlève du pouvoir (problématique qu'on retrouve bien au delà du sport dans notre société). Or c'est un supplément de compétences qu'il faut mettre à jour afin de donner d autres outils au sportif pour qu'il soit plus épanoui dans sa discipline et qu'il ne cherche pas sa source de motivation dans le "il faut prouver a". On est le meilleur exemple de "coach". Il donne confiance a l'individu, au groupe en responsabilisant chacun des acteurs pour qu'ils prennent le bon pouvoir et se transcendent. Nous avons les outils pour ça mais cette approche "mentale" fait peur car méconnue.


L : Pourrions-nous faire de la performance sportive un processus durable sans que cela vienne traumatiser la santé du sportif à long terme ?

R : Bien sûr mais cela prend du temps. Or, nous sommes dans une société où il faut tout tout de suite. Regarder la blessure en face, comprendre la source de motivation du sportif et faire en sorte qu'elle ne soit pas traumatisante (pression médiatique, pression des parents, pression des entraîneurs). Il faut donner la possibilité au sportif de se reconnecter à son cœur et son âme et surtout remettre la notion de plaisir qui donne du sens à la performance.


L : Existe-t-il aujourd’hui des méthodes pouvant permettre aux compétiteurs de rechercher la performance sans mettre sa vie en danger (compléments alimentaires, sur-entrainements, médiatisation…) et dans une envie de “bien-être” durable et pérenne ?

R : Oui, le coaching mental qui n est rien d'autre que de prendre en compte le sportif pour çe qu'il est pas que çe qu il représente.


L : Une mode du sport “performance” se développe de plus en plus en France depuis 2-3 ans (nous étions en 2016) dans différents domaines (running, Crossfit, fitness etc…) avec des compétitions pour amateurs qui se développent comme des compétitions pour professionnels (Mud Day, Spartan Race, Semi Marathon, Iron Man…). De plus en plus de sportifs amateurs cherchent à atteindre un niveau professionnel sans être bien préparé psychologiquement. A l’instar des sportifs de haut niveau qui disposent de tout un staff pour les préparer psychologiquement et physiquement, les amateurs se retrouvent souvent seuls dans leur préparation. Difficile de s’auto-valoriser lorsque l’on est seul à se motiver, se préparer… La valorisation des richesses humaines s’applique-t-elle selon toi uniquement au “haut niveau” ?

R : Nous sommes confronter en France au problème de "reconnaissance à tout prix". Depuis tout petit on m'a appris à être en concurrence, à passer au dessus de la autre, à être contée. Cela amène à constamment vouloir prouver qu'on est fort qu'on est beau qu on est grand. Ca me rappelle les thèmes mythologiques ou plus on s approche du soleil plus on se brûle. Si on ne voit pas le sens caché derrière cette quête on se brûle (dopage, blessures). La prévention est nécessaire tout comme l ouverture de conscience pour éviter les excès. Or la prévention en paye pas. Le lien intergénérationnel s est brisé et nous adultes devons le recréer afin de bien faire comprendre aux jeunes (sportifs) les bases du sport et de ses valeurs humanistes.


L : Si non, quelle approche faudrait-il avoir auprès des amateurs qui se lancent dans des compétitions “semi-pro”/”pro” : dépassement de soi, préparation mentale, préparation physique… ?

R : Bien leur faire comprendre qu il y a des dérives et des "limites" à ne pas dépasser. Ca passe par la connaissance de soi Dans tous les domaines (corporel, émotionnel, mental...).


L : A travers ton parcours de sportif de haut niveau as tu été été valorisé à partir de tes propres richesses personnelles ? As tu senti une envie des personnes qui t'entouraient de te tirer vers le haut

R : Au début des années 2000 on m a pris pour mes capacités physiques sans chercher à me faire travailler mes lacunes (pas le temps) et j ai joué le jeu a fond (musculation, 200% à l'entraînement). Donc je suis coresponsable de mon parcours. Maintenant reste à voir si ceux qui m encadraient ont les capacités de se remettre en question.


L : Qu’est-ce qu’un bon management de ressources humaines ? Quels outils sont mis à disposition des professionnels ?

R : Et bien il serait bon de penser autrement qu'avec ses couilles et son cœur. Le mental, lorsqu il est bien "manipulé", amène le sportif à se sentir bien dans çe qu il est et donc dans çe qu il fait. Nous avons des outils (visualisation, pnl, communication non violente et bien d autres outils). Le manager n a pas que les outils stratégique, physiques et techniques. Il a la responsabilité d apporter au sportif de la bonne reconnaissance, et de la confiance essentielle pour que le corp et l esprit soient aligné. Si l un dit oui et l autre dit non on connaît la musique (blessures, contre performance, dépression ...)


L : Si un coach, personal trainer ou encore préparateur physique souhaite valoriser les richesses humaines des personnes qu’il accompagnent de quelle façon devrait-il s’y prendre selon toi ?

R : En se formant au coaching mental. Le mot fait peur mais il faut surmonter cet apriori qui consiste à foutre sous le tapis en disant "on est pas malade" pas besoin de ces gourous et leurs méthodes dogmatiques.


L : La valorisation des richesses humaines dans le sport, peut-elle également passer par un travail en collaboration avec différents partenaires (diététiciens, ostéopathes, masseurs, médecine chinoise, psychologues...) dans l'idée de puiser chez le sportif un maximum de ressources qualitatives pour l'aider à évoluer dans le bien-être de sa profession ? Est-ce quelque chose qui se fait déjà ?

R : Oui on y arrive. Plus de gens compétents graviteront (pour les bonnes raisons) autour du sportif, plus celui sera performant. Regardez les tennismans pros qui ne voyagent pas sans leur team. C est avec les compétences de chacun qu'on arrive a de la bonne performance. Chacun devant se sentir bien et légitime dans son rôle. La révolution sportive passera par une prise de conscience individuelle et collective. Nous avons un énorme potentiel en France mais très mal exploité car, une fois de plus, on ne prend pas l individu dans son entièreté ! L approche mentale pour une performance éthique et responsable: voilà notre révolution.



Merci encore à Raphael pour cette franchise qui fait du bien à entendre au micro d'Etienne et du bien à lire lors de cet entretien.

Je n'ai pas rencontré qu'un superhéros, j'ai rencontré un Homme qui croit profondément en l'Humain, qui croit en un Monde Meilleur et qui oeuvre à sa façon avec simplicité et bienveillance en ce sens à travers la pédagogie et un certain Eveil des Consciences finalement ;)


Laurianne MARTINI





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